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Trois sous un toit

L'architecte Mattias D'Hooghe a transformé son vieux duplex de Schaerbeek en un logement familial basse énergie. Pas simple, car l'immeuble à appartements est une copropriété.

Mattias D’Hooghe n'a pas de permis de conduire. Un choix logique pour un architecte sensible à l'écologie, mais aussi un choix pratique. Mattias se rend partout à Bruxelles à vélo ou grâce aux transports en commun sans perdre de temps dans les embouteillages. « Il y a des stations Villo dans le quartier. Le tram et le métro passent pas loin d'ici. Ma femme Anna n'a pas de voiture non plus. Au besoin, elle loue une voiture partagée. » Pas étonnant donc que Mattias et sa femme aient voulu habiter dans un endroit facilement accessible. La seule question qui se posait alors était la suivante : comment et où trouver quelque chose d’abordable et ayant du potentiel ?

Bâtiment exemplaire

À Schaerbeek, Mattias est tombé sur un appartement avec grenier. Parler d'un duplex aurait été un grand mot. Malgré une façade en brique datant de 1932, le double étage n'avait pas une apparence très sexy. « Le bâtiment était tout sauf économe en énergie. L'isolation du grenier n'avait même jamais été terminée, dit-il en riant. En tant qu'architecte, je transforme les limites en possibilités. Même s'il faut bien dire qu'il y avait quelques obstacles majeurs quand nous sommes arrivés ici. En premier lieu, le budget. Heureusement, nous avons pu compter sur des primes pour rénovation basse énergie, et aujourd’hui, nous faisons même partie des « bâtiments exemplaires ».  Il s'agit d'une mesure bruxelloise de soutien aux projets durables qui jouissent d'une qualité architecturale et qui sont par ailleurs abordables et applicables à d'autres endroits. Toute nouvelle construction doit désormais obligatoirement être économe en énergie. Mais tout le monde ne peut pas s’offrir une nouvelle construction passive.

A Bruxelles, où 75 % des gens vivent en appartement. Nombre de ces appartements ont plus de trente ans. Le défi consiste à rénover ces mêmes logements pour qu'ils deviennent peu énergivores.

Toit de mon cœur

Il est onze heures et nous buvons un café au soleil sur le toit-terrasse de Mattias. Comparé aux normes bruxelloises, ce jardin sur toit est relativement grand. Les herbes aromatiques poussent dans des jardinières intégrées. La citerne d'eau de pluie de 400 litres est intégrée de manière subtile, tout comme le vermicompost. « La terrasse est fabriquée en robinier, le bois le plus durable d'Europe ; il est tout aussi efficace que ses pendants exotiques, si ce n'est qu'il n'y a pas besoin d'abattre d'arbres tropicaux », explique Mattias. Sa femme Anna, qui vient d'accoucher, vient s'asseoir près de nous. Il y a assez de place pour une famille dans ce duplex. L'espace de vie et la cuisine se trouvent sous le toit, là où se trouvait donc à l'origine le grenier. L'étage du dessous abrite la chambre à coucher, la chambre d'enfant et les salles de bain. Dans l'espace de vie, nous avons installé du triple vitrage. En bas, nous n'avons pas remplacé les fenêtres, qui sont de 1996. On trouvait que ça n'aurait pas été judicieux d'un point de vue écologique et budgétaire de déjà remplacer ces vitres-là. Il fait un peu plus froid dans la chambre en hiver, mais ce n'est pas bien grave. D'ailleurs, nous avons renforcé l'isolation intérieure des murs. À l'extérieur, c'était impossible, parce que l'immeuble à appartements est une copropriété. »

Habiter dans un immeuble à appartements avec plusieurs propriétaires, écologiquement parlant, ce n'est pas mal. Les étages au-dessus et en-dessous s'isolent mutuellement. La construction d'immeubles est plus durable que celle de villas car on gaspille moins de surface au sol, et les services partagés sont nombreux.

Isolation en copropriété

« C'est très positif. Mais il faut s’accrocher pour que ce genre d'appartements réponde aux normes basse consommation. Il est difficile d'avoir une valeur énergétique en deçà de 30 kWh/m2, surtout quand on sait qu'une habitation bruxelloise moyenne se situe entre 150 et 450. Ici, l'étanchéité a par exemple posé problème, surtout parce qu'on ne peut pas toucher à l'ensemble du bâtiment. Comme on n'arrivait pas à atteindre nos objectifs en la matière, on a installé des panneaux solaires sur le toit en guise de compensation. » Ils sont exposés au sud-est donc, en théorie, ce n'est pas idéal pour capter l'énergie. Mais huit panneaux dotés d'optimiseurs de puissance se sont tout de même avérés suffisants pour rendre le duplex neutre en énergie. « Nous ne sommes pas de grands consommateurs. En matière de gaz naturel, on se situe à un cinquième de la consommation d'un appartement moyen, en matière d'électricité à un tiers et en matière d'eau à 50 m³ par an. C'est tout à fait raisonnable. » Après réflexion, c'est le toit qui s'est avéré le plus problématique. Il fallait le rénover de toute urgence et il devait être suffisamment isolé. « Sur papier, le toit fait partie de la copropriété. Mais les copropriétaires de l'immeuble ne voulaient pas investir d'argent dedans. Nous devions donc le financer nous-mêmes, d'où les primes, raconte l'architecte. La laine de roche entre les charpentes de la toiture n'était pas présente en quantité suffisante pour qu'on atteigne nos objectifs écologiques. On est venu mettre 8 cm de panneaux de fibres de bois souples entre les chevrons et, sur le toit, on a placé des plaques de sous-toiture en fibres de bois de 16 cm d'épaisseur. Comme elles étaient relativement lourdes, on a dû renforcer la structure du toit. »

Touche finale

Le résultat est là : l'étage où se trouvait le grenier est devenu un espace de vie à part entière, accessible par l'escalier d'origine. « La plupart du temps, on est dans la cuisine, explique Mattias en riant. Surtout depuis que nous sommes devenus une famille. » Le sol du grenier, en chêne FSC, crée l'ambiance. La lumière entre à l'intérieur par quatre grandes fenêtres dans le toit et, du côté du toit-terrasse, par la porte vitrée. « Le niveau du grenier était suffisamment bas. On peut donc profiter de l'espace entier sans se cogner la tête et sans perdre trop de place du côté mansardé », indique l'architecte. Un coin TV sympa a été créé à l'avant de la pièce, mais on ne remarque pas la télévision. Quand on regarde bien, on voit une discrète boîte en multiplex pendre juste sous le plafond. « C'est là qu'on a caché notre projecteur, montre Mattias. On l'appelle le sous-marin. » La cuisine entière a la même finition que ce multiplex. Un détail d'architecte typique : les armoires n'ont pas de poignée. Les petits triangles qui faisaient office de bords de portes ont été conservés et servent désormais de poignée. Comme le dit si bien Mattias, c'est de l'architecture écologique avec un coin en moins…

Info: moka-architectuur.eu